Henri Balladur appelle à «Prendre son temps» dans L’Agefi News

Le temps passe. Et pour bon nombre d’entre nous, il passe souvent trop vite. C’est l’un des maux de la société. Pourquoi ce phénomène est-il en pleine expansion ? Comment y remédier ? Henri Balladur nous donne son point de vue dans L’Agefi.

 

6 janvier 2016

Prenez le temps !

« On n’a pas vu l’année passer ! »
« C’est fou ce que le temps passe vite ! »
« Tu te rends compte, on est presque à la mi-janvier ! »

Qui n’a pas entendu ces remarques qui jalonnent les conversations à défaut de les pimenter. La notion de temps est devenue un élément important du comportement et plus seulement de la conversation. Certes le temps passe mais en plus il passe trop vite pour certains.

On n’a plus le temps de faire ses courses, alors on les fait sur Internet et on se fait livrer ou on va « au drive » les chercher. Bref, on ne choisit plus rien en dehors du panier que le distributeur vous propose de remplir avec ses produits sélectionnés. On n’a pas le temps de regarder le Téléjournal alors on va le regarder en différé quand on ne se jette pas sur les chaînes d’informations pour y rester scotché beaucoup plus longtemps que ne le requiert un Téléjournal. On n’a pas le temps de téléphoner à ses proches alors on multiplie les SMS même pour des vœux ou des condoléances.

C’est très paradoxal. Alors que les choses sont à bien des égards plus faciles et facilitent en tous les cas la vie, nous nous trouvons avoir moins de temps pour nous.

Les gens ne lisent pas plus, bien au contraire ; ils ne font pas plus de sport, ne s’occupent pas plus de leur famille, ne travaillent pas plus pour bon nombre d’entre eux, ne donnent pas plus de leur temps au monde associatif. Et pourtant ils ont toujours moins de temps. Du temps pour qui ou pour quoi on ne sait pas mais simplement moins de temps. Et c’est un phénomène de société contemporain : nous n’avons jamais entendu nos parents ou grands-parents se plaindre du manque de temps.

Alors les éléments de réponse sont divers et variés. Parfois excessifs, souvent judicieux. On passerait ses journées sur les réseaux sociaux, on s’occuperait tellement de ses loisirs et vacances divers et variés qu’on n’aurait plus de temps pour le reste, on s’organiserait moins bien.

Notons en passant qu’il est avéré que plus on monte dans la hiérarchie d’une entreprise plus la personne saura se montrer rapidement et efficacement disponible. Un patron fixe rarement un rendez-vous avec un délai de six semaines ; d’autres, oui… allez savoir pourquoi !

Pour faire simple et parce que le temps nous est compté sans que l’on sache très bien pourquoi, la raison pourrait être bien plus simple : si on n’a pas de temps c’est qu’on ne sait pas le prendre et qu’on a fait d’autres choix.

La société actuelle est un équilibre entre vie professionnelle, vie familiale et activité privée ; mais par définition un équilibre est le fruit d’une juste répartition… encore faut-il le vouloir.

 

Henri Balladur
Havas Genève


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