Henri Balladur s’exprime sur « Le tourisme en voie d’ubérisation » dans L’Agefi Opinions

Le tourisme en voie d’ubérisation

24 septembre 2015

La situation du tourisme en Suisse a donné matière à un grand nombre d’articles cet été : problème conjoncturel pour les uns, structurel pour les autres, voire source d’opportunités pour les uns et d’inquiétude pour les autres.
Si la Suisse est devenue encore plus chère pour certains touristes étrangers il faut convenir que l’étranger est devenu moins cher encore pour les Suisses : c’est la double peine.

Le monde a changé, celui de l’hôtellerie en particulier.

Si vous réservez dans un hôtel, vous savez tout de lui avant même d’y descendre : la vue, la taille de la chambre, ce qui est gratuit dans le minibar, le formidable buffet du petit-déjeuner, les produits du Spa : alors que votre référentiel était le guide ou l’agence de voyages, il est aujourd’hui les média sociaux souvent plus que les sites Internet.
Ce sont eux qui construisent rapidement une réputation virtuelle et qui la détruisent encore plus rapidement.

Autre signe de cette évolution, le développement de l’économie collaborative a pour effet que chacun peut s’improviser hôtelier tout comme chauffeur de taxis.

Uber, airbnb et d’autres organisations collaboratives prennent ainsi le pas sur les schémas plus traditionnels de l’hospitalité professionnelle.

Cette évolution a des effets positifs dans la mesure où elle favorise les voyages, les échanges et les dépenses.
Elle le fait sans contrainte et bénéficie d’une image plus accessible, originale, contemporaine que les modèles traditionnels.

L’enjeu ne consiste pas à savoir si cette évolution est positive pour le marché du tourisme ; elle l’est sans aucun doute car elle fait venir des personnes qui ne seraient peut-être pas venues ; ces mêmes personnes consomment sur place, profitent des infrastructures et de la vie culturelle.

Dans la mesure où ces nouvelles manières de « consommer » du loisir représentent une tendance dont on voit mal comment elle se retournerait, il faut tout faire pour que ces touristes se sentent bien chez nous.

Ce qui apparaît comme une contrainte aujourd’hui pourrait être un atout demain. Le problème actuel est de faire venir les touristes étrangers en Suisse et inciter les Suisses à passer leurs vacances en Suisse.

L’enjeu est donc de paraître suffisamment attractif dans ses différentes offres : hospitalité, culture, divertissement.

Le touriste d’aujourd’hui est à la recherche d’expériences avant de choisir sa destination.
Les nouvelles appellations comme Flashpacking,Geotourism, Rough Luxe, Slow Travel, Staycation ou encore Voluntourisme sont autant de modes de voyages témoignant d’une approche renouvelée du tourisme qui concerne également l’hébergement.
On parle là écologie, participatif, communautaire, comme si la tendance portait sur l’expérience humaine, simple et valorisante.
Ce n’est pas un retour aux sources, c’est un mode de voyage plus valorisant et impliquant.
On veut profiter mais aussi expérimenter et vivre des expériences qui deviennent gratifiantes.

C’est donc dans cet environnement que nous nous situons aujourd’hui et l’arrivée de nouveaux acteurs spontanés dans l’hébergement peut avoir des effets positifs à terme.
Au lieu de parler de pertes de parts de marché, peut-être faudrait-il considérer l’augmentation du marché global.
Et il est plus facile de gagner quand le marché grandit que quand il se rétrécit.
C’est là où la concurrence prend tout son sens.

Henri Balladur
Havas Genève


Laisser un commentaire